Mouches en élevage à l’automne : faut-il continuer la lutte après septembre ?
Les mouches ne s’arrêtent pas en septembre : faut-il prolonger la lutte à l’automne ?
Septembre arrive, les jours raccourcissent, les grosses chaleurs commencent à diminuer et, traditionnellement, on pourrait être tenté de ranger les pièges et les moyens de lutte contre les mouches jusqu’au printemps prochain.
Mais est-ce encore une bonne idée ?
Avec des arrière-saisons de plus en plus longues et des mois de septembre, voire d’octobre, qui peuvent rester doux, la saison des mouches ne s’arrête pas avec le calendrier.
Comme pour beaucoup de problématiques d’élevage liées au changement climatique, il faut progressivement abandonner les dates fixes et regarder davantage… la météo.
Une succession de journées douces, de nuits encore relativement chaudes et de matières organiques suffisamment humides peut permettre aux populations de mouches de rester actives bien après la fin de l’été.
Et après une canicule ayant parfois réduit fortement leur présence en plein été, le retour de températures plus modérées peut même donner l’impression que les mouches « reviennent » en septembre.
Alors faut-il continuer la lutte ?
Dans de nombreux élevages, oui, tant que les conditions restent favorables et que les mouches sont présentes.
Canicule : beaucoup de mouches n’aiment pas non plus les températures extrêmes
Nous faisons souvent un raccourci :
plus il fait chaud = plus il y a de mouches.
Ce n’est pas aussi simple.
Prenons le cas du stomoxe (Stomoxys calcitrans), cette mouche hématophage particulièrement pénible pour les bovins, ovins, caprins et chevaux et vectrice de maladies.
Son développement dépend fortement de la température.
Des travaux expérimentaux ont montré que son développement est particulièrement rapide autour de 25 à 30 °C dans un substrat favorable.
Mais lorsque les températures deviennent extrêmes, les performances diminuent.
À 35 °C et par temps sec, dans une étude expérimentale, moins de 1 % des pupes ont donné naissance à un adulte.
Autrement dit :
Une canicule à 38–40 °C n’est pas nécessairement une période idéale pour les mouches.
À cela s’ajoute la sécheresse.
Les larves de nombreuses espèces se développent dans des matières organiques suffisamment humides : fumier, litière souillée, mélange de paille, aliments et déjections, zones autour des abreuvoirs, jus d’ensilage, matières végétales en décomposition…
Lorsque tout sèche fortement, certains de ces gîtes deviennent beaucoup moins favorables.
Cela peut expliquer une observation faite dans de nombreux élevages pendant certains épisodes caniculaires :
il fait extrêmement chaud… mais finalement il y a moins de mouches qu’attendu.
Puis septembre arrive… et les conditions redeviennent intéressantes
Imaginons maintenant la situation inverse.
Après plusieurs semaines à 35–40 °C :
- les températures redescendent vers 20–28 °C ;
- quelques pluies reviennent ;
- l’humidité nocturne augmente ;
- la rosée réapparaît ;
- les bâtiments et les litières restent chauds ;
- les animaux sont toujours dehors une partie de la journée.
Pour certaines espèces de mouches, ces conditions peuvent être beaucoup plus favorables que celles rencontrées au cœur de la canicule.
Le problème n’est donc plus seulement :
« Est-ce que j’arrêtes les répulsifs et pièges à mouches maintenant ? »
Mais plutôt :
« Jusqu’à quand les conditions permettront-elles aux mouches de rester actives cet automne ? »
Les mouches peuvent rester actives tard dans la saison
Le stomoxe est particulièrement intéressant à surveiller.
Du fait de son caractère hématophage, cette mouche a des pièces buccales faites pour mordre jusqu’au sang. Ses repas provoquent douleur, agitation et comportements de défense : battements de queue, coups de pieds, mouvements de tête, regroupements des animaux…
Ces comportements ne sont pas anodins.
Ils perturbent le repos et le pâturage et peuvent participer à une diminution des performances lorsque la pression devient importante et provoquent un stress important pour les animaux.Et qui dit stress dit aussi baisse d’immunité.
Et surtout, les mouches ne disparaîssent pas automatiquement au 1er septembre. Les mouches d’automne justement (Musca Automnalis) et les mouches des cornes (Haematobia irritans) sont présentes encore longtemps tard dans la saison. Des études ont montré la persistance de ces mouches même pendant l’hiver, quand les températures restent clémentes.
En plus du caractère de transmission de maladies virales par les stomoxes, l’automne ne veut pas dire la fin des kératites, des mammites à mouches et d’autres pathologies dont elles sont les vecteurs.

Des observations réalisées en élevage ont montré une activité saisonnière pouvant présenter un important pic de fin d’été puis un second pic plus faible avant la fin de la saison de vol.
La température joue un rôle majeur.
Le seuil thermique de développement expérimental de Stomoxys calcitrans mais des autres espèces également a été estimé autour de 12 °C.
Leur développement devient évidemment beaucoup plus lent lorsque les températures diminuent : le passage de l’œuf à l’adulte peut demander moins de deux semaines autour de 30 °C dans de très bonnes conditions, contre plus de 70 jours autour de 15 °C.
Cela change complètement notre façon de raisonner.
15 °C ne signifie pas zéro mouche.
Cela signifie surtout : cycle beaucoup plus lent.
Septembre et octobre peuvent donc encore permettre une activité importante
La température moyenne journalière ne raconte d’ailleurs pas toute l’histoire.
Une journée d’octobre peut commencer à 9 °C le matin et atteindre 20 °C l’après-midi.
Un bâtiment d’élevage occupé par des animaux crée également son propre microclimat.
Les zones de litière, les fosses, les abords des mangeoires et des abreuvoirs peuvent conserver chaleur, humidité et matières organiques.
Tant que ces conditions persistent, il ne faut pas considérer la saison comme terminée simplement parce que nous sommes en automne.
Le changement climatique allonge-t-il la saison des mouches ?
C’est probablement l’une des évolutions auxquelles nous devons nous préparer.
Le changement climatique ne signifie pas simplement :
« Il fera plus chaud, donc il y aura plus de mouches. »
Les relations sont beaucoup plus complexes.
Une chaleur extrême associée à une sécheresse importante peut au contraire limiter certains cycles.
En revanche, des printemps plus précoces et surtout des arrière-saisons plus douces peuvent allonger la période pendant laquelle les conditions restent compatibles avec l’activité des insectes.
Le calendrier traditionnel :
PRINTEMPS → ÉTÉ → baisse en SEPTEMBRE → fin
peut progressivement devenir :
PRINTEMPS → ÉTÉ → SEPTEMBRE → OCTOBRE → ?
La vraie question n’est donc plus :
« Sommes-nous en automne ? »
mais :
« La météo est-elle encore favorable aux mouches ? »
Attention au faux sentiment de sécurité après un été sec
C’est un autre piège.
Une faible pression en juillet ou août ne garantit absolument pas une faible pression en septembre.
Lorsque la canicule et la sécheresse diminuent, certains gîtes larvaires peuvent redevenir favorables.
Quelques pluies, une augmentation de l’humidité et des températures plus modérées peuvent modifier rapidement la situation.
Il faut donc continuer à observer les animaux.
Des bovins qui :
- battent constamment de la queue ;
- tapent des pieds ;
- secouent la tête ;
- se regroupent ;
- changent fréquemment de position ;
- interrompent leur pâturage ;
nous donnent déjà une information.
Les animaux sont souvent de meilleurs indicateurs de la pression des mouches que le calendrier.
Faut-il continuer les auxiliaires biologiques en automne ?
Si un programme de lutte biologique avec des auxiliaires a été mis en place au printemps, il n’y a pas de raison biologique de l’arrêter arbitrairement au 31 août si les cycles des mouches continuent.
Les mini-guêpes parasitoïdes agissent au niveau des pupes.
Elles doivent donc être présentes pendant que les mouches continuent leur cycle, et non simplement pendant les mois que nous considérons comme « l’été ».
En revanche, lorsque les températures diminuent durablement et que les populations de mouches s’effondrent, poursuivre les lâchers n’a évidemment plus le même intérêt.
Là encore :
on adapte la stratégie à la pression observée et aux conditions météorologiques.
Pièges : pourquoi les ranger si les mouches sont encore là ?
Même raisonnement pour les pièges.
Tant que des mouches circulent, ils continuent à jouer leur rôle.
Les pièges extérieurs spécifiques des stomoxes peuvent notamment permettre de capturer les adultes présents autour des animaux.
Les bandes collantes restent également intéressantes à l’intérieur des bâtiments.
Et accessoirement, les pièges ont une autre fonction très utile :
ils permettent de voir si la pression diminue réellement.
Une bande ou un piège qui continue à se remplir en septembre constitue une information beaucoup plus intéressante que la date inscrite sur le calendrier.
Et le rideau applicateur de répulsif ?
Le rideau applicateur présente un intérêt particulier lorsque les animaux continuent à entrer et sortir régulièrement d’un bâtiment.
Le principe est simple : l’animal applique lui-même le produit lors de son passage, sans qu’il soit nécessaire de reprendre individuellement tout le troupeau.
Cette stratégie devient particulièrement intéressante en arrière-saison.
Pourquoi ?
Parce qu’en septembre ou octobre, la pression des mouches peut être irrégulière.
Trois journées fraîches peuvent être suivies d’une semaine à 22–25 °C.
La population de mouches ne justifie pas forcément une manipulation importante de tout le troupeau, mais elle reste suffisamment gênante pour nécessiter une protection.
Un système passif permettant aux animaux de recevoir régulièrement un produit répulsif lors de leurs déplacements peut alors conserver tout son intérêt.

Ne pas confondre répulsif et insecticide
C’est un point important dans une stratégie de lutte raisonnée.
L’objectif n’est pas nécessairement de tuer tous les insectes présents dans l’environnement.
Les insecticides non sélectifs peuvent également toucher des insectes non ciblés.
Dans une stratégie globale, on peut donc chercher à associer plusieurs moyens :
Auxiliaires biologiques
Piégeage ciblé
Répulsion sur les animaux
Cette combinaison permet d’agir à plusieurs niveaux du cycle tout en limitant autant que possible l’impact sur les insectes non ciblés.
En automne, ne pas oublier les bâtiments
La rentrée progressive des animaux peut également déplacer le problème.
Les mouches peuvent trouver dans les bâtiments :
- chaleur ;
- humidité ;
- matières organiques ;
- litières ;
- zones peu accessibles au nettoyage ;
- aliments en fermentation ;
- accumulation autour des abreuvoirs.
Il faut donc continuer à rechercher les zones de reproduction.
Sous un abreuvoir humide, contre un mur, sous une mangeoire ou dans une accumulation de matière organique, quelques mètres carrés peuvent produire beaucoup plus de mouches que le reste du bâtiment.
La lutte contre les mouches commence donc toujours par une question :
« Où se reproduisent-elles ? »
5 réflexes pour prolonger efficacement la lutte à l’automne
1 — Regarder les animaux avant de regarder le calendrier
Battements de queue, coups de pieds, agitation, regroupements et interruption du pâturage sont des indicateurs simples.
2 — Surveiller la météo
Une succession de journées à 20–25 °C après quelques pluies n’a pas la même signification qu’une semaine froide et sèche.
3 — Continuer les pièges tant qu’ils capturent
Ils servent à la fois à réduire la population et à surveiller son évolution.
4 — Ne pas arrêter automatiquement les auxiliaires au 31 août
Si les mouches continuent leur cycle, la lutte biologique doit rester cohérente avec ce cycle.
5 — Maintenir une protection répulsive si les animaux restent exposés
Notamment lorsque les conditions alternent entre périodes fraîches et nouvelles séquences douces.
Alors, quand peut-on arrêter ?
C’est finalement la question essentielle.
Et la réponse ressemble de plus en plus à celle que nous devons apporter à beaucoup de problématiques d’élevage liées au climat :
pas à une date fixe.
On peut commencer à alléger la stratégie lorsque :
- les températures diminuent durablement ;
- les captures dans les pièges chutent fortement ;
- les animaux ne présentent plus de comportements de défense ;
- les gîtes larvaires deviennent défavorables ;
- aucune nouvelle période douce prolongée n’est annoncée.
Autrement dit :
Ce n’est pas septembre qui arrête les mouches. C’est la disparition durable des conditions qui leur sont favorables.
Les mouches ne lisent pas le calendrier
Nous avons longtemps raisonné la lutte contre les mouches comme une problématique essentiellement estivale.
Il faut probablement revoir cette habitude.
Une canicule très sèche peut momentanément réduire certaines populations alors qu’un mois de septembre ou d’octobre plus doux et plus humide peut redevenir favorable.
Le changement climatique ne va donc pas seulement modifier l’intensité du risque.
Il peut aussi modifier sa durée et sa saisonnalité.
La lutte doit suivre la même évolution.
Commencer tôt au printemps reste essentiel.
Mais désormais, il faudra peut-être également apprendre à terminer plus tard à l’automne.
Et surtout ne plus se demander :
« Est-ce que la saison des mouches devrait être terminée ? »
mais :
« Est-ce que les mouches, elles, ont réellement terminé leur saison ? »
Pour la gestion des mouches au printemps , vous pouvez (re) lire cet article également :
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