LUTTE BIOLOGIQUE CONTRE LES MOUCHES : CHANGEMENT DE PARADIGME
PENSER DIFFEREMMENT LA LUTTE CONTRE LES MOUCHES
La lutte contre les insectes « piqueurs », particulièrement les mouches doit changer de paradigme.
La prévention surtout chimique contre ces insectes hématophage était un classique des mois chauds. Et on s’y prenait souvent tardivement une fois que les diptères étaient nombreuses et envahissantes. Or de nombreuses études (1.2.3,4) ont montré que les mouches diminuaient fortement la productivité, en lait comme en viande, et le bien-être animal. Effectivement, les diptères, qui peuvent mordre et non piquer, inflige des morsures douloureuses, du stress, et des comportements qui vont diminuer significativement l’ingestion des animaux, et donc des pertes de production.
Mais une autre problématique, bien plus délétère, est apparue ces dernières années : les maladies émergentes, transmises par ces mêmes diptères : Besnoistiose ( protozoaire), Dermatose Nodulaire Contagieuse (Virus). Ces 2 maladies, incurables , se propagent dans l’élevage d’animaux à animaux principalement par les morsures des mouches femelles qui ont besoin de sang pour se reproduire.
Comme je le dis systématiquement en formation, il faudra prévoir maintenant un budget immunité ( oligo éléments, vitamines, magnésium, EM), un budget vaccin et un budget mouches /moucherons annuel.
Il existe certes des produits chimiques, mais les mouches y sont devenues résistantes (5,6,7) et ils sont inefficaces sur les culicoïdes. Ces produits ont de plus des effets délétères sur l’entomofaune pendant plusieurs semaines par leur persistance dans les bouses (8,9).
Il faut donc s’intéresser, tôt dans la saison, aux luttes biologiques disponibles. Les premiers à s’y être intéressé sont les Américains (qui n’ont pas tous les cheveux orange et font aussi des choses bien !) dès les années 80/90, il y a plus de 35 ans … (10). L’Europe s’y est mis plus tard – années 2000 pour des pays comme la Hollande, l’Allemagne,la Suède et le Danemark, la France n’ayant vraiment commencé à les utiliser qu’à partir de 2015 –
L’usage de ces auxiliaires non invasifs – car naturellement présents – est aujourd’hui indispensable pour aider à la préservation de l’entomofaune, si utile à nos chères prairies. Ce n’est pas la seule solution mais une partie non négligeable de la prévention dans la lutte contre les mouches mordeuses.
Une bonne partie de ces solutions, les insectes auxiliaires et les pièges à stomoxes BFT, sont développées et commercialisées par la société Bestico en France (en Loire Atlantique, la plus belle région de France) et permettent, si elles sont mises en place tôt dans la saison, de diminuer la pression mouche dans les élevages.
On peut utiliser des acariens et/ou des miniguêpes mais la combinaison des 2 permettra une meilleure maîtrise des mouches mordeuses.
On mettra également en place les pièges à mouches, en dehors du bâtiment, avec des appâts spécifiques si possible, pour éviter les dommages collatéraux sur les autres insectes volants. Des pièges spéciaux pour les stomoxes ont été développés ces dernières années.
Les bandes collantes, tout simplement, sont également un bon moyen de régulation, bien qu’elles soient très peu spécifiques.
Et pour finir, le rideau applicateur de répulsif peut aussi être une solution pratique car sans manipulation des animaux et avec des produits assez respectueux de l’environnement.
Dans cet article nous verrons comment utiliser ces moyens de prévention sur le cheptel.
LES INSECTES AUXILLIAIRES :
Ces insectes non invasifs – acariens et mini guêpes- se nourrissent ou se reproduisent dans les larves ou les pupes des mouches de l’élevage. Aucun n’est nocif pour les animaux, ni pour l’homme.
Il faut les implanter en tout début de saison – Mars- et rensemencer régulièrement – toutes les 4 semaines pour les mini guêpes- pour avoir une présence significative de prédateurs de mouches. Et évidemment si on cure la stabulation, il faudra en reimplanter.
On les implantera aux endroits qui ne sont pas piétinés par les animaux ou l’homme – sous les abreuvoirs, aux abords des murs, dans les fosses – et on n’utilisera pas d’insecticide ou de désinfectants puissants en leur présence, même si ce sont des répulsifs naturels type huile de neem.
BIOMITE – Des acariens prédateurs des œufs de mouches et de moucherons
Le Biomite est composé d’acariens (Macrocheles Robustulus). Ces petits auxiliaires sont des prédateurs des œufs et des larves de différentes mouches dont les mouches mordeuses de type Stomoxes, vecteurs de la DNC.
Cet acarien consomme entre 3.5 et 4.5 larves de mouches par jour.
On implante les biomites dans les litières, au niveau des gîtes de ponte des mouches, plutôt dans les bas de murs,sous les abreuvoirs et les mangeoires, là où l’humidité permet aux asticots de se développer sans trop de contraintes.
Le Biomite s’emploie en tout tout début de saison des mouches. Effectivement, une boîte de Biomite contient 50 000 acariens à différents stades de développement, dont des adultes.
Ces adultes seront immédiatement efficaces contre les larves de mouches déjà présentes et se reproduiront rapidement (le cycle de développement des œufs est assez rapide, entre 10 et 15 jours). Les acariens sont très actifs à partir de 14°C.
Une boîte de Biomite permet de coloniser 250 m2.
On réalisera un lâcher en tout début de saison puis un deuxième au milieu de la saison des mouches pour relancer l’efficacité des acariens. Et il faudra bien sûr reensemencer si on cure pendant cette période.
Pour contrôler tous les stades de mouches présents, il est fortement conseillé de coupler Biomite avec Muscamite et aussi avec les mini guêpes Biowasp et Biopar.
BIOMITE LUTTE CONTRE LES MOUCHES – 50 000 Acariens – Lutte biologique
MUSCAMITE – Le cousin de Biomite
Un autre acarien de la famille de Macrocheles a été mis sur le marché par Besctico , le Muscamite.
Muscamite est un produit contenant des acariens prédateurs Macrocheles muscaedomesticae.
Ces acariens consomment les œufs et larves larves L1 des mouches et même les mouches adultes, il offre une efficacité supérieure sur l’ensemble des premiers stades du cycle des mouches.
Plus performant que les solutions classiques à base de Macrocheles robustulus, Muscamite peut être utilisé seul ou en complément de Biomite pour renforcer l’action précoce contre les foyers de développement.
Son efficacité s’exprime pleinement lorsqu’il est intégré dans une stratégie globale incluant Biofly, Biowasp et/ou Biopar. Développé et produit en exclusivité par BESTICO grâce à un savoir-faire unique, Muscamite représente une avancée majeure pour la gestion naturelle des mouches en élevage.
Une innovation qui renforce l’arsenal biologique disponible pour les éleveurs et permet une maîtrise encore plus durable et efficace des populations de mouches.
Une boite de MUSCAMITE contient 30 000 acariens prédateurs et permet le traitement d’une surface de 250 m².

BIOWASP/BIOPAR – Les mini guêpes
Ces 2 produits sont composés des mini-guêpes prédatrices des pupes de mouches – la phase où l’asticot n’est plus bon pour la pêche et où la future mouche se développe dans un cocon brunâtre pour finir tranquillement son développement en mouche. Le diptère fini émergera de la pupe au bout de 3 à 6 jours selon les conditions climatiques.

Les guêpes de type Muscidifurax raptorellus ( Biopar) , Muscidifurax sp et Spalangia Cameroni ( Biowasp ) vont pondre leurs œufs (1 à 5 selon l’espèce) à l’intérieur de la pupe. Elles parasitent toutes les espèces que l’on peut retrouver sur l’élevage : mouches domestiques, stomoxes, mouche d’automne etc etc .
Une fois les œufs déposés, ce sont des mini guêpes qui sortiront de la pupe (on imagine ce qu’elles ont fait de la future mouche …) et renouveler ainsi le « cheptel » de mini guêpes sur l’exploitation.

On combine Biopar et Biowasp car elles n’ont pas le même temps de développement – jusque 30 jours pour Biowasp alors que Biopar ne met que 15 jours – mais pas non plus les mêmes objectifs. Biowasp contient des mini guêpes de type Spalangia Cameroni qui seront plus efficaces sur certaines pupes de mouches qui se nichent parfois très en profondeur dans la litière. Ces 2 types de guêpes sont donc tout à fait complémentaires.
On compte une boite XL de miniguêpe pour 300 bovins adultes ou pour 150 veaux, idem pour les chèvres, 1 boîte pour 300 chèvres adultes et 150 chevrettes, à répartir dans les zones non piétinées de la stabulation et à renouveler tous les mois pour une efficacité optimale.
BIOPAR – Mini guêpes parasitoïdes des mouches – Sachet de 15 000 larves
BIOMITE LUTTE CONTRE LES MOUCHES – 50 000 Acariens – Lutte biologique
LES PIEGES
APPIBUSTER :
C’est un piège à mouche dont l’appât est breveté, à base de levures uniquement, efficace pendant environ 8 semaines, il permet de capturer environ 10 000 mouches sur cette période. Et son appât est assez sélectif pour éviter de capturer d’autres insectes (papillons et abeilles). Appibuster capte les mouches de types Stomoxes, Musca, Fannia, Lucilia et Wolhfahrtia .
Il faut le placer à l’extérieur du bâtiment, à environ 1.5 m de hauteur aux endroits de passage vers la salle de traite ou à la sortie du bâtiment – pas plus de 20 m du bâtiment- et qu’il soit un peu exposé au soleil car l’appât diffuse dans l’air et attire les mouches à partir de 20°C. Appibuster peut aussi être utilisé en pâture, si vous pouvez les mettre en hauteur (1.5m).

On remplit le seau avec la levure à laquelle on ajoute 5 litres d’eau. Il faut vérifier de temps en temps le niveau d’eau et en remettre car le seau étant exposé, il y a évaporation. On changera l’appât tous les 60 jours en vidant simplement le seau (pas besoin de le nettoyer) et en remettant de l’appât et de l’eau. Et c’est reparti pour 60 jours !
PIEGE A MOUCHE EXTERIEUR 5 L APPIBUSTER PRO +1 RECHARGE +TRANSPORT
BSFT – BESTICO STABLE FLY TRAP :
Ce piège a été conçu spécifiquement pour la capture des stomoxes, récemment mises en avant lors de l’épisode de DNC car vecteur principal de la maladie quand les femelles viennent se nourrir de sang sur les animaux.
Ce piège est à utiliser également en complément des mini guêpes et acariens qui seront implantés dans le bâtiment. Comme l’Appibuster, le BSFT sera disposé autour du bâtiment, dans les zones de passage (quand les vaches bougent, les mouches s’envolent et vont se poser plus loin) au soleil également. Mais attention aux courant d’air, sa structure en toile le rend sensible aux vents forts.

Ce piège est très sélectif car, avec sa couleur, il émet des ondes infrarouges qui vont attirer spécifiquement les stomoxes et les piéger.
LES BANDES COLLANTES :
Malheureusement beaucoup moins sélectives, les bandes collantes sont pourtant assez efficaces à proximité des abreuvoirs en extérieur.
Effectivement, quand les animaux vont boire, les mouches s’envolent et vont se poser plus loin. Si à proximité, un support, de couleur est présent, les mouches vont se poser dessus et ne plus jamais redécoller … ( Pas très glop comme fin mais bon )
En posant un baril, un fût avec de la bande collante de l’autre côté du fil (sinon la bande collante capture aussi les poils !!), le système est assez simple à mettre en place et à déplacer.

Elles peuvent aussi être utilisées en intérieur.
LE RIDEAU APPLICATEUR D’INSECTIFUGE
Encore une fois, une idée des Américains, importée depuis l’année dernière et que vous retrouvez sur le site SuperVet.Expert.
Très simple à utiliser, il suffit de remplir le réservoir d’huile de colza ( même viscosité que l’huile de moteur conseillée par le fabricant américain …si si , vou avez bien lu) , environ 9 litres et 1 litre soit d’Huile de Neem ( action insectifuge de l’Azadirachtine mais peu d’effets sur l’entomofaune) , ou d’Insectan, mélange insectifuge.
Bien managé, le réservoir permet un passage des vaches pendant 8/10 jours sans avoir à recharger.
Il faut également, au départ, un temps d’adaptation aux animaux pour passer en dessous du réservoir et à travers les cordes.
Simple, efficace et peu couteux, ce système est aussi très économique en temps de travail.
RIDEAU APPLICATEUR REPULSIF INSECTES PIQUEURS POUR BOVINS OVINS CAPRINS PORCS CHEVAUX
TOTAL CARE HUILE DE NEEM PURE REPULSIF INSECTES 5 litres
INSECTAN Insectifuge Répulsif Bovins Ovins Caprins Mouches Culicoïdes Tiques 5 litres
EVITONS LES INSECTICIDES A TORT ET A TRAVERS
Ce passage en revue de différentes méthodes permet d’avoir un aperçu de ce qui existe , autre que les produits chimiques pour-on ou en pulvérisation, certes efficaces sur les mouches (attention peu ou pas sur les culicoïdes) mais beaucoup moins bons pour l’environnement, la santé des animaux et de par la même, de la nôtre.
Ces systèmes ne sont bien sûr pas la panacée mais permettent une diminution de la pression mouche, avec des effets bénéfiques sur la santé des animaux (potentiellement moins de transmissions de maladies), leur bien-être (beaucoup moins de stress) et moins d’effets sur notre environnement.
C’est certes un budget supplémentaire, mais la lutte chimique montre, aussi pour les mouches, ses limites. Alors pourquoi pas tenter d’être un peu plus vertueux ?
BIBLIOGRAPHIE
1- Analysis of pest flies in cattle and their effect on behavioural response in cattle November 2022 JOURNAL OF ENTOMOLOGY AND ZOOLOGY STUDIES
2- Measurement of the Direct Impact of Hematophagous Flies on Feeder Cattle: An Unexpectedly High Potential Economic Impact Phoompong Boonsaen (1, 2) , Adèle Nevot (3, 1) , Sathaporn Onju (1) , Clément Fossaert (3, 1) , Piangjai Chalermwong (1) , Kornkanok Thaisungnoen (1) , Antoine Lucas (3, 1) , Sophie Thévenon (3) , Roungthip Masmeatathip (1) , Sathaporn Jittapalapong (1) , Marc Desquesnes (3, 4)
3- Les mouches piqueuses Biologie, écologie, nuisances et prolifération Marc DesquesnesVétérinaire parasitologiste (DMV, PhD, HDR), chercheur au CIRAD1,2 et Philippe JacquietProfesseur de parasitologie3,4
4 -Fly Management: Impacts on Cattle Performance, Health and Economics Matheus Ferreira, Edwards, Ashley K, Faulk, Lee, Vedovatto, Marcelo
5-Evaluation of resistance to permethrin, cypermethrin and deltamethrin in different populations of Musca domestica (L.), collected from the Iranian dairy cattle farms Ebrahim Ahmadi, Jahangir Khajehali, Fariborz Rameshgar
6-Insecticide resistance monitoring of house fly populations from the United States Jamie C Freeman 1, Douglas H Ross 2, Jeffrey G Scott 3
7-Comparative Toxicity and Resistance to Insecticides in Musca domestica from Some Livestock Farms of Punjab, Pakistan Naila Amjad1, Muhammad Khalid Mukhtar1*, Hafiz Azhar Ali Khan2, Shafaat Yar Khan1 and Sania Waliat1
8-Impacts des traitements antiparasitaires sur la biodiversité non-cible et conséquences pour le fonctionnement des systèmes pâturés. Le cas de l’entomofaune coprophage. W. PERRIN JAY-ROBERT
9-Évaluation des risques pour la santé humaine et l’environnement et recommandations pour leur maîtrise, dans le cadre de l’administration des médicaments vétérinaires antiparasitaires externes sous forme de bains, douches et pulvérisations en élevages de ruminants Monique L’Hostis, Pierre Autef, Philippe Berny, Marc Delanoe, Jean-Claude Desfontis, Lionel Grisot, Pierre Lebailly, Carine Paraud, Thierry Plouvier, Bruno Polack, et al.
10-Fly Management in Poultry Production: Cultural, Biological, and Chemical1 RICHARD C. AXTELL


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